Souffrance et temps du rituel en art-thérapie

En tant qu’infirmière à domicile, et intervenant en unité de soins palliatifs, je suis souvent interpellée par la souffrance des personnes que je soigne.
Je m’interroge sur cette forme de souffrance qui demeure, malgré toute médication, même intensive, parce qu’elle ne peut pas être dite, parce que la parole ne suffit pas. On est ici dans l’ordre de l’indicible, de l’inconcevable, de l’incompréhensible. J’entends régulièrement ceci : « pourquoi moi ? Pourquoi lui, plutôt que moi, il est si jeune ? Mais qu’est ce qui m’arrive ? Qu’est ce que j’ai fait pour que ça me tombe dessus? » Avec toute la culpabilité qui sort de ces mots terribles.
La souffrance c’est quelque chose que l’on refuse, que l’on ne comprend pas, qui est insupportable, qui envahit. La souffrance est un « non sens ». Et pourtant, elle est demande de sens.

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Entre la terre natale et la terre d’origine: le travail de l’œuvre en art-thérapie

« L’idée du sol natal (…) n’est pas un pays, un territoire, une nation,
que l’on aurait à défendre, car le natal en tant qu’il ne cesse de naître
indéfiniment, est au contraire ce qui nous défend, nous sauve, nous garde. Le
pays natal devient donc le pays par lequel l’œuvre d’où j’adviens m’indique
le lieu où je vais. L’œuvre de l’homme est donc ouverture au natal non pas
comme son passé mais comme sa naissance permanente ».
C’est à la suite d’une marche contemplative dans laquelle je voyais le
sol se désorganiser sous mes pas au fur et à mesure que j’avançais, que
m’apparut, de façon imprévisible, l’image d’une nouvelle terre, celle que je
pourrais fabriquer moi-même à partir des éléments de la nature. Ma terre
natale venait de prendre pour moi un sens nouveau. Elle n’était plus à mes
yeux, simplement une terre natale au sens biographique, mais s’élevait au
sens d’une terre natale ontologique, par le travail de l’œuvre à venir, qui est
un travail de la matière en relation avec les quatre éléments. J’étais en train
de découvrir une nouvelle manière de travailler ma terre natale, en la
transmutant plastiquement en origine permanente du travail de l’œuvre.

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