Variations sur le rythme, la temporalité et leur mise en jeu dans la thérapie d’un enfant autiste

Ce travail est une réflexion dans l’après-coup sur le travail accompli dans un hôpital de la région parisienne avec un enfant autiste mutique qui a un peu plus de 8 ans au moment où je fais sa connaissance et 9 ans et demi au moment où mon stage se termine
De ce travail, il est difficile d’évaluer les fruits à l’aune du visible.
Voici cependant deux situations qui donnent à entendre l’ampleur des mouvements psychiques que le travail a accompagnés et favorisés.
La première se situe en janvier 2010
C’est un mardi, je passe dans les groupes avant de monter pour la supervision. Dans la salle où se trouve Constant, après un moment passé à dire bonjour aux uns et aux autres, je m’assois par terre près du jouet-garage ; Constant s’assoit aussi par terre à deux mètres de moi (en un geste qui ne se réduit pas à l’échopraxie que l’on pourrait au premier degré y reconnaître). Et un jeu commence, consistant à faire rouler des petites voitures qui vont de l’un à l’autre ; je les lance vers Constant en les faisant parler (« je vais aller dire bonjour à Constant… »), et Constant me les renvoie d’un mouvement de la jambe qui est intermédiaire entre le geste de se débarrasser d’un objet importun et celui de le renvoyer intentionnellement ; je ressens dans le contre-transfert que c’est surtout la seconde dimension qui est là ; c’est un échange mais qui ne parvient pas à s’avouer, à se reconnaître comme tel ; la main n’intervient pas. Au moment où je vais quitter la salle, Constant esquisse un mouvement vers moi, que je ressens comme tendant non pas à la proximité, mais plutôt à une sorte de collage (comme s’il s’agissait non pas de s’adresser à l’autre, mais de faire un avec lui).

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Ce que la psychanalyse doit à la Grèce

Quand Freud visite l’Acropole, en 1904, cette visite est ressentie comme une transgression : « nous ne pouvions pas croire, écrit-il trente ans plus tard, que la joie de voir Athènes nous fût réservée » .
Cette remarque nous donne à entendre l’importance des relations de la psychanalyse, avec et après Freud, avec le monde grec.
Dans ce monde grec, je propose que nous nous focalisions sur trois « moments » qui intéressent particulièrement la psychanalyse.
D’abord un univers mythique de héros et de récits légendaires que nous ont transmis Homère, Hésiode et les poètes lyriques.
Puis la tragédie, qui est une certaine mise en forme ou mise œuvre de ce fond mythique, selon une certaine direction.
Enfin un domaine qui se présente explicitement comme un exercice de rationalité, de fondation rationnelle du vrai, et où se rencontrent, avec des styles et des finalités différents, les sciences, la philosophie, les règles de l’organisation politique de la cité et la sophistique. On peut l’appeler le domaine du logos.

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Prendre visage par le rythme. Réflexions sur la thérapie d’un enfant autiste

Prolongeant certaines positions de F. Dolto, cette étude formule l’hypothèse que l’enfant autiste échoue à « prendre visage » en s’inscrivant dans un lien au premier objet où il serait « lui-même l’autre ». Manquant la liaison oppositive, le lien qui sépare, la séparation qui unit, enfermé dans un excès de présence qui se renverse constamment en excès d’absence, il s’épuise à neutraliser les opposés et demeure sur le seuil du symbolique. Cette hypothèse a été mise à l’épreuve dans une thérapie qui a tenté d’apprivoiser la liaison oppositive et de faire surgir du rythme en accompagnant, amplifiant, formulant tout ce qui, dans le dire sans parole de l’enfant, s’essayait à une composition des opposés : le dedans et le dehors, le haut et le bas, le même et l’autre, la présence et l’absence.

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Les carences de la fonction paternelle

La réalisation pour chaque sexe de sa position sexuelle est dépendante de la traversée d’une relation symbolisée que Freud a appelée complexe d’Œdipe ou parfois complexe paternel. Cette traversée passe pour le garçon comme pour la fille par le complexe de castration, lequel est étroitement dé- pendant de la « fonction paternelle ». Complexe d’Œdipe, complexe de cas- tration et fonction paternelle sont inséparables.

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